Les femmes dans la vie de Balzac

Les femmes peuplent la vie et l’œuvre de Balzac. Afin de mieux comprendre les personnages féminins mis en scène dans les romans, il faut d’abord jeter un coup d’œil aux femmes qui ont traversé la vie de Balzac.

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Portrait d’Anne-Charlotte-Laure Sallambier (1778-1854), mère de Balzac. Pastel anonyme, fin XVIIIe siècle. Maison de Balzac. Inv. : 96. © PMVP / Cl. : Joffre.

Il faut forcément commencer cette liste par sa mère:

Anne-Charlotte-Laure Sallambier, fille de passementiers (production et vente de mercerie et draperie), petits-bourgeois parisiens. Il est possible que Balzac se soit souvenu de cette origine familiale dans son court roman La maison du chat-qui-pelote qui met en scène une famille de drapiers parisiens. Les relations entre Balzac et sa mère sont difficiles. Il lui reproche surtout l’éloignement imposé qu’il a connu dans sa première enfance et dont il s’inspire pour le personnage de Félix de Vandenesse dans Le Lys dans la vallée. Cependant sa mère reste un soutien important, en particulier financier pour l’écrivain. Pour l’anecdote, il faut savoir que Mme Balzac tenait salon. Elle aurait eu une relation avec un réfugié de la noblesse espagnol, le comte Ferdinand Hérédia. Or, dans sa nouvelle La Grande Bretèche, Balzac emmure vivant l’amant de Mme Merret, nommé Férédia. Vengeance d’écrivain? Les relations avec Henri, le frère cadet n’étaient pas non plus très simples. Balzac le considérait comme le préféré. Il serait d’ailleurs le fils présumé de Jean Margonne, le propriétaire du château de Saché qui accueillait Balzac lors de ses séjours en Touraine.

Laure Surville
Laure enfant. Pastel anonyme. Maison de Balzac. Inv. : 97. © PMVP / Cl. : Joffre.

Laure Surville, sœur cadette de Balzac fut sa sœur préférée. Il entretient avec elle une correspondance assidue. Elle était une admiratrice et une fine critique du travail de son frère. Il semblerait qu’une nouvelle écrite de sa main serait à l’origine d’un des romans de Balzac: Un début dans la vie. Elle est aussi l’auteur d’une biographie de Balzac: Balzac, sa vie et ses œuvres d’après sa correspondance.

Très jeune Balzac aime les femmes et les femmes l’aiment. S’il se marie tard, il a eu cependant de nombreuses conquêtes. Je vous en ai sélectionné ici quelques unes, celles que j’ai trouvées les plus intéressantes.

Laure de Berny
Laure de Berny, Henri-Nicolas van Gorp

Mme de Berny: Balzac la rencontre à Villeparisis. Balzac a alors 22 ans et elle le double. Elle devient son amante mais aussi une figure maternelle et une muse. Elle forme l’écrivain, l’encourage, le conseille. Il la surnomme La Dilecta, c’est-à-dire la préférée entre toutes. Mme de Berny est le modèle pour Mme de Mortsauf dans Le Lys dans la vallée. Elle intervient aussi dans l’écriture du roman, demandant à Balzac d’atténuer les remords d’Henriette qui reproche à Félix de ne pas l’avoir forcé à la volupté amoureuse. Alors que son prénom usuel est Antoinette, Balzac l’appelle par son deuxième prénom Laure. C’est donc la troisième Laure dans la vie de Balzac après sa mère et sa soeur. Cet usage de l’emploi d’un autre prénom rappelle l’usage amoureux du deuxième prénom dans Le Lys dans la vallée. Mme de Berny meurt en 1836, l’année de la publication du roman qu’elle a inspiré. A ce moment-là Balzac est en Italie avec une autre de ses maîtresses. Elle le fait appeler mais il n’apprend la mort de son « soleil moral » que plus tard. Les lettres de la correspondance amoureuse entre Balzac et Mme de Berny sont brûlées par son fils à sa demande. Pour l’anecdote, le fils de Mme de Berny, Alexandre Deberny (il a renoncé à sa particule) sauve une partie de l’imprimerie de Balzac et en fait une affaire florissante.

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Zulma Carraud et son fils Ivan, Edouard Vienot, 1827, Maison Balzac, Paris

Zulma Carraud: amie d’enfance de Laure Surville, elle est l’amie la plus intime et la conseillère la plus fidèle de Balzac sans en être la maîtresse. Elle accueille souvent Balzac au château de Frapesle à Issoudun. En hommage à son amie, il donne le nom de ce château au château de Valesne, propriété du personnage M. de Chessel dans Le Lys dans la vallée.

Mme de Castries: elle lui écrit d’abord en se faisant passer pour une admiratrice anglaise. Pour lui plaire, Balzac signe des articles dans un journal légitimiste. Son amie Zulma, républicaine de coeur, le lui reproche vertement. Il voyage vers l’Italie avec la duchesse de Castries mais elle se montre de plus en plus froide. Balzac, devant le refus de la duchesse consommer cette relation, rompt. Cette rupture entraîne une brouille passagère entre eux. Il lui dédicace L’Illustre Gaudissard et on peut la reconnaître comme le modèle du personnage d’Antoinette de Langeais.

La Comtesse Guidoni-Visconti: issue de la gentry anglaise, elle a une liaison heureuse et non exclusive avec Balzac. Elle l’aide financièrement et aurait posé pour le personnage de Lady Dudley sans en avoir la perversité et la méchanceté.

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Eve Hanska, Ferdinand Georg Waldmüller, 1835

Ewelina Hanska: issue d’une illustre famille de la noblesse polonaise, elle entame une relation épistolaire avec l’écrivain qu’elle admire. Elle envoie une lettre anonyme signée « L’Etrangère ». Balzac en accuse réception dans un journal. Une correspondance intense s’ensuit. Il la rencontre en 1833 et c’est le coup de foudre. C’est une femme exigeante à qui Balzac doit cacher ses autres aventures. A la mort du comte Hanski en 1841, Balzac espère réaliser le mariage tant attendu. Mais Mme Hanska le fait attendre. Il la revoit à Saint-Pétersbourg en 1843. Ils voyagent ensemble à de nombreuses occasions. Elle accepte finalement le mariage qui a lieu le 14 mars 1850. Mais le retour à Paris est compliqué par la santé de Balzac qui meurt quelques mois plus tard. Mme Hanska règle la succession et les dettes de Balzac. Elle se lie plus tard au peintre Jean Gigoux avec qui elle vit jusqu’à sa mort. Elle est enterrée au Père-Lachaise dans la tombe de Balzac.

On peut constater à quel point les femmes ont inspiré les oeuvres de Balzac puisqu’on les retrouve souvent comme modèle de personnages romanesques. Homme de son temps, Balzac n’était pas féministe mais d’après ses lectrices, il savait dessiner les contours délicats de l’âme des femmes de son époque, d’en retracer les troubles et les errements. Son expérience personnelle y a peut-être été pour quelque chose.


Mes sources:

  • Gilbert Maurin, Les Grands écrivains choisis par l’Académie Goncourt
  • Le site des études balzaciennes.
  • Wikipédia
  • Le musée Balzac au château de Saché. Je remercie de nouveau Élise, Musée Balzac – Château de Saché, pour la visite si instructive du musée et pour ses anecdotes.
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