L’insoumise de la porte de Flandre de Fouad Laroui

insoumise de la porte de flandre

Titre: L’Insoumise de la porte de Flandre

Auteur: Fouad Laroui

Éditions: Julliard

Date de parution: août 2017

J’ai entamé ce mois-ci une plongée dans la littérature du Magreb francophone et plus particulièrement celle du Maroc. J’écoute donc Le Mariage de plaisir de Tahar Ben Jelloun sur Audiolib. Mais surtout je découvre l’auteur Fouad Laroui. J’ai déjà parcouru son recueil de nouvelles L’Oued et le consul qui met en scène le Maroc contemporain. Mais dans L’Insoumise de la porte de Flandre, l’auteur nous entraîne en Belgique entre Molenbeek, à la tragique célébrité, et Bruxelles.

Fatima, une jeune femme intelligente et rebelle, comme chaque après-midi, quitte le domicile parental sous son hijab et se dirige à pied vers Bruxelles. Une fois passée, la porte de Flandre, elle disparaît dans un immeuble et en ressort habillée à l’occidentale. Elle se rend alors dans un quartier plutôt malfamé. Mais ce jour-là Fawzi, un jeune homme qui a décidé d’en faire sa femme, la suit pour s’assurer des bonnes moeurs de sa future épouse.

Évidemment, le roman va nous présenter une réflexion sur la radicalisation islamiste mais pas du tout celle à laquelle on s’attend. Ici, trois parcours se succèdent autour d’une journée. Fatima, qui se dissimule sous son hijab a soif de liberté et est prête à tout pour se révolter et pour reprendre possession de son corps. Elle incarne la volonté d’émancipation de certaines jeunes femmes musulmanes rattrapées par la pesanteur d’un quartier. Le narrateur la suit avec respect et admiration le long des rues belges. Fawzi, quant à lui, plutôt que d’incarner la radicalisation, personnifie la bêtise. Inculte, sûr de sa force masculine, il ne rêve que de posséder une femme obéissante. Abreuvé de discours conservateurs et patriarcaux qu’il ne comprend pas vraiment, il est conduit à commettre l’irréparable. Un autre personnage, farci de préjugés, Eddy Koekoek, apporte son regard d’européen trop sûr de lui sur le drame qui se déroule dans ces pages.

Entre comédie et tragédie, le récit de Fouad Laroui déconstruit certains mécanismes à l’œuvre dans l’extrémisme. Les personnages avancent vers le drame, soumis à l’enchaînement mécanique d’événements qui les dépassent. La question de la liberté est beaucoup plus prégnante que ce qu’on pense et ne se limite pas à celle de Fatima. On se demande quelle part de liberté il reste à l’individu quand il est englué dans un contexte historique bien plus puissant que lui. Pourtant, le récit de Fouad Laroui tend vers le burlesque et le risible. Il ôte son caractère trop pathétique au texte et se concentre sur les mécaniques. Or le rire, comme l’a dit Bergson, naît lorsque la mécanique est plaquée sur du vivant. Ainsi, le lecteur est-il conduit à rire de tout cela. Rire pour ne pas pleurer sans doute, rire pour déconstruire et ne pas caricaturer une situation plus complexe, rire pour corriger…

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