La Maison dans laquelle de Maryam Petrosyan

Je vais vous parler aujourd’hui d’une véritable expérience littéraire, un livre labyrinthe dont on ne sort pas vraiment en refermant les pages. Il nous fait pénétrer dans un monde qui nous fait perdre nos repères de lecteur. Ne tremblez pas et osez l’expérience.

Fumeur est un pensionnaire de le Maison. Rejeté par son groupe à cause d’une paire de basket qui le distinguent trop, il intègre la chambre du groupe quatre, composé d’étranges individus : Sphinx, l’Aveugle, Chacal Tabaqui, Lord et bien d’autres. L’univers complexe de la Maison se laisse alors apercevoir.

Cet énorme roman absorbe son lecteur dans son univers riche, retors et autonome. La fragmentation, les changements de points de vue, de temporalité égarent doucement. Le lecteur cherche un moment à se raccrocher à la rationalité, cherche du sens, des explications et de la logique mais abandonne au fil des nombreuses pages. Chaque personnages nous guide un moment et nous enfonce dans un monde complet, avec ses rites, sa mythologie, son traumatisme fondateur. C’est un roman initiatique pour le lecteur plus que pour les personnages.

A travers les personnages adolescents qui déambulent dans les couloirs de la Maison, le lecteur vit une sorte d’énigme permanente, où l’on cherche en vain à démêler le vrai du faux. Les thèmes universellement humains comme la peur de la mort, la folie, la violence, l’amour sont abordés sans offrir de réponse toute faite. Ne vous y trompez pas : ce n’est pas parce que les personnages sont adolescents qu’il s’agit d’un roman pour la jeunesse. La force du texte réside dans sa sobriété, son absence de morale et de sentimentalisme.

Malgré la dimension fantastique (au sens littéraire), il s’agit finalement du roman le plus réaliste que j’ai pu lire. Il m’a semblé que je me confrontais à la démonstration du fonctionnement de l’esprit humain. Chacun crée son propre monde, constitué de ses émotions, de ses propres mythes et contes, de son histoire. Ce qui semble absurde aux autres prend tout son sens dans notre monde personnel.

Pour entrer dans la Maison, il faut renoncer au sens et accueillir l’expérience de l’absurde. Je me demande si Camus n’aurait pas aimé de roman d’ailleurs…


La Maison dans laquelle de Maryam Petrosyan, éditions Toussaint Louverture

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