Bordeterre de Julia Thévenot

Parfois se fier exclusivement à la couverture et à quelques lignes de quatrième de couverture, ça vaut le coup! C’est exactement ce qui s’est passé avec Bordeterre de Julia Thévenot.

La Quinzaine du livre jeunesse est un événement organisé par la Ligue de l’enseignement – Fédération des Œuvres Laïques d’Indre-et-Loire depuis 1971. Cette manifestation culturelle littéraire présente une sélection de livres destinés à la jeunesse lors de différentes rencontres en bibliothèques, en établissements scolaires, … Cet événement est aussi soutenu par de nombreux acteurs culturels comme des librairies ou des associations promouvant la lecture. Bordeterre apparaît dans la sélection pour les lecteurs à partir de 13 ans.

Julia Thévenot est une autrice née à Tours mais est surtout la blogueuse derrière Allez vous faire lire, une référence dans la critique de la littérature de jeunesse. Accessoirement, elle est aussi assistante d’édition chez Sarbacane. Mais tout cela, je ne le savais pas avant de commencer.

Inès, 12 ans, est la petite soeur énergique et protectrice de Tristan, autiste de 16 ans. Ils passent des vacances relativement tranquille dans un camping. Mais ce jour-là, lors d’une promenade avec leur chien, les deux enfant basculent dans un univers parallèle : Bordeterre. Accueillis par un monstre qui leur suce la tête, les deux enfants font la connaissance brutale de ce monde étrange où le chant aux vertus magiques est strictement contrôlé.

En choisissant ce roman, je me suis dit que j’allais tomber sur un roman d’initiation traditionnel qui reprendrait les codes du passage dans un monde parallèle. Je ne m’attendais donc à rien de très original mais je cherchais surtout une lecture agréable pour les vacances. Quelle surprise donc de tomber sur un roman bien plus complexe que la quatrième de couverture ne le laissait présager.

Ce roman, à l’univers riche et créatif met, comme je l’attendais, en scène un récit d’initiation. Mais les deux enfants ne font pas que grandir. Ils apprennent à se trouver. Sans faire un récit didactique lourd et moralisateur, l’autrice aborde la question du genre, de la sexualité, de la parentalité mais aussi des questions politiques avec un accent révolutionnaire rafraîchissant. Aucun personnage n’incarne caricaturalement le Bien et le Mal. Chacun oscille et progresse en interrogeant ses valeurs. L’arrivée d’Inès et Tristan introduit donc un chaos salvateur dans le monde de Bordeterre. Même la fin interroge. Nous sommes loin du Happy End et de nombreuses questions morales demeurent.

Julia Thévénot se réclame de grands auteurs de l’imaginaire. Je relève surtout l’influence de Phillip Pullman et de Clémentine Beauvais. De Pullman, on retrouve ici la violence et la confrontation avec des thématiques intimes à l’adolescence. Il n’y a aucune complaisance lénifiante. De Beauvais, j’ai retrouvé le goût pour la langue et les mots mais surtout la libération de la mise en page. Il est question de chant et de poésie dans ce roman et le texte s’en rapproche souvent. On peut aussi noter une grande amplitude dans le registre de langue qui passe parfois de l’image poétique au propos familier sans transition, dans une joyeuse désacralisation de la langue.

Julia Thévenot a réussi, pour son premier roman, à aborder de nombreuses thématiques complexes et différentes sans lourdeur didactique, sans effet d’écœurement et sans moralisation excessive. C’est un roman que j’aurais aimé écrire.


Bordeterre de Julia Thévenot, éditions Sarbacane

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