La Forêt d’Iscambe de Christian Charrière

Avez-vous déjà ressenti la frustration terrible qui suit une lecture particulièrement dingue et de ne pouvoir partager vos impressions, questions et hypothèses débordantes? Avec La Forêt d’Iscambe, c’est exactement ce que j’ai ressenti, d’autant plus que ce roman n’apparaît pas sur les réseaux sociaux et très peu sur les blogs. Ce n’est clairement pas un roman qui fait les belles heures de bookstagram. Je n’ai donc pas vraiment pu approfondir ma lecture. Il ne reste alors que mes impressions et questions…

Dans un monde post-apocalyptique, la France est en partie recouverte par une forêt dense et inquiétante : la forêt d’Iscambe. Mais plusieurs personnages vont être contraints de pénétrer cette dangereuse forêt pour atteindre Paris, l’ancienne capitale disparue. A leurs trousses, la blagoulette, la police politique du Bureau, régime totalitaire de Marseille.

Si le début du roman peut faire penser à un roman post-apocalyptique, finalement ce roman ressort plutôt de la fantasy. On y trouve un jeune héros, fils adoptif du roi, It’van, amoureux de la princesse. Sa quête à travers la forêt fait progressivement de lui un véritable guerrier mais aussi un leader charismatique. Il s’agit bien là du parcours initiatique souvent associé au roman de fantasy. Dans cet univers post-apocalyptique, de nouvelles créatures ont fait leur apparition : les insectes sont devenus gigantesques, on peut croiser des marmousets, sorte de petits nains ou encore des clapattes, êtres mi-humains, mi-végétaux. Tous les ingrédients d’un univers fantasy teinté d’une ambiance médiévale sont là.

Cependant, il ne faut pas négliger la dimension post-apocalyptique car elle demeure un fondement important du récit. En effet, le récit se situe en France après un cataclysme qui semble être nucléaire. Le récit ayant été publié en 1980, cela semble bien correspondre aux angoisses de l’époque. Après cet événement, la nature semble avoir repris ses droits et sa place légitime, avec la forêt qui recouvre une partie du territoire mais surtout qui a englouti Paris. Cette ville devient alors presque légendaire, comme une Atlantide perdue sous la végétation et qui recèlerait des trésors de sagesse. A l’opposé de Paris, Marseille semble avoir été épargnée par la destruction. Le régime qui s’y met en place tourne rapidement à la dictature malgré son origine ouvrière et utopique. Cela n’est pas sans rappeler le régime communiste en URSS. Plusieurs ingrédients sont donc visibles dans ce roman : une forme de réflexion écologique, une satire politique, une quête initiatique et la création d’un monde imaginaire très dense.

Facilitation visuelle de ma lecture

Contrairement à ce à quoi on pourrait s’attendre, l’auteur manie à la fois une plume poétique et humoristique. La description de la nature sylvestre apparaît à la fois lyrique et lumineuse. Mais l’ensemble du roman est tissé de « blagues ». Il faut déjà commencé par la « blagoulette », cette terrible police politique qui poursuit certains personnages à travers la forêt. Son nom, étrange, a une explication complètement loufoque. A cela s’ajoute que les personnages principaux, lorsqu’ils vont s’enfoncer dans la forêt, vont suivre un étrange chemin, l’A5. Cette ancienne autoroute met sur leur chemin, à intervalle régulier, des lieux qu’ils interprètent comme des sanctuaires dédiés à des divinités monstrueuses : Elf, Esso etc… Bref, les sanctuaires sont d’anciennes stations essence. Et ce n’est pas là, la moindre des réinterprétations corrosives du monde moderne. Les personnages principaux ne sont pas épargnés et leur ridicule est souvent particulièrement criant.

Une dernière dimension, je crois, peut s’ajouter à la richesse du roman. L’auteur semble s’intéresser de près à la psychanalyse et à l’étude des rêves. Des passages relèvent pour moi de ce domaine, qu’ils soient traité sérieusement ou avec humour. On pourrait d’ailleurs reprocher quelques longueurs dans les considérations métaphysiques des personnages mais cela finit toujours par avoir son importance.

Il m’a semblé que je n’étais pas en mesure de considérer tous les aspects de ce roman, assez fou et étrange pour garder un équilibre dans toutes les thématiques abordées. La quête initiatique des personnages sert de fil rouge solide pour que le lecteur ne s’égare jamais et se laisse embarquer dans cet univers où il perdra nécessairement le sens de l’orientation.


La Forêt d’Iscambe de Christian Charrière aux éditions Libretto, 1980

4 réflexions sur “La Forêt d’Iscambe de Christian Charrière

  1. Eh ouais, peut-être que si les réseaux sociaux avaient été plus développés il y a une bonne vingtaine d’années… soit quand j’ai lu ce livre acheté à Faëries (pour les vieux Tourangeaux…). Je n’ai hélas pas pu partager beaucoup avec toi lorsque tu m’en as parlé mais tu m’a donné envie de réouvrir ce livre et de réactiver ma pauvre mémoire ne me laissant que le sentiment vague et plaisant d’une sombre fantaisie oubliée. Merci.

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