Les Aventures de Télémaque de Fénélon

Le premier roman destiné explicitement à la jeunesse et qui, en plus, a recours à la mythologie est le roman de Fénélon intitulé Les Aventures de Télémaque.

Télémaque est le fils d’Ulysse. Il part à la recherche de son père qui ne rentre pas de la guerre de Troie. Accompagné de Mentor, son précepteur, il va traverser la Méditerranée pour retrouver sa trace. D’île en île et de rencontre en rencontre, Télémaque va découvrir le monde pour être prêt à prendre la succession de son père et devenir un bon roi.

I Une réécriture antique

Comme on peut le constater avec le nom des personnages, le récit de Fénélon s’inscrit dans l’Odyssée d’Homère, comme un prolongement, une sorte de quête annexe ou une fan fiction. On y retrouve donc les personnages principaux du récit originel : Ulysse à la recherche duquel Télémaque part, Pénélope qui attend donc le retour de son époux et de son fils, Calypso, la nymphe qui a retenu chez elle Ulysse ou encore Mentor. On croise aussi de nombreux personnages issus de la mythologie et en lien avec la guerre de Troie : Philoctète, Diomède, Nestor etc… Cependant, aucune trace de personnages vraiment merveilleux comme les cyclopes ou les Lotophages. Le récit reste au plus près des hommes. Les dieux interviennent moins que dans les récits homériques, à l’exception de Minerve qui préside à l’ensemble du récit.

La structure du récit et la dimension plus humaine sont, il me semble, davantage inspirés de l’Enéide de Virgile. On distingue en effet deux parties distinctes : une forme d’errance maritime puis l’arrivée en Hespérie, c’est-à-dire en Italie (tiens donc, comme Enée). Là Télémaque s’illustre en tant que guerrier, comme Enée. A cela s’ajoute une catabase (descente aux Enfers) au cours de laquelle Télémaque va en apprendre plus sur le rôle de roi. Là encore, comme Enée.

Fénélon reprend donc à son compte la tradition littéraire du récit épique et marche dans les pas des deux plus grands textes de l’Antiquité.

II Un roman didactique

Contrairement à Virgile, qui reprenait l’Iliade et l’Odyssée pour offrir un récit fondateur au peuple romain et une légitimité à Auguste, Fénélon écrit pour enseigner. En effet, il destine son récit aux élèves royaux et plus particulièrement au duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XIV dont Fénélon est le précepteur. A travers son texte, Fénélon vise trois objectifs : initier son élève à la mythologie, lui prodiguer des leçons de morale et enfin de lui inculquer des notions de politique, d’économie, de diplomatie etc… Ainsi le récit est-il aussi un récit initiatique au cours duquel Télémaque va recevoir une formation idéale. Cet ouvrage s’inscrit donc dans la tradition des « Miroirs des Princes », sorte de manuels composés de conseils et de préceptes moraux destinés à montrer aux princes la voie à suivre pour régner. En général, ces traités décrivent le comportement d’un roi parfait. La nouveauté, c’est que Fénélon, passe par le récit et non par un traité. Reprenant toujours la tradition de l’argumentation antique, Fénélon, à travers la figure de Mentor, délivre des discours didactiques mais aussi met en scène des figures très variées de rois, comme autant d’exempla pour illustrer son propos. Il vise ainsi à instruire par le plaisir, ce qui est un des principes clés du classicisme.

III Un roman baroque/classique

Je n’ai pas trouvé de source affirmant que le Télémaque de Fénélon soit une œuvre qui appartienne au classicisme ou au baroque. Il semblerait que ce récit emprunte des caractéristiques aux deux mouvements, ce qui semble logique puisque aucune œuvre littéraire n’est facilement casable dans un mouvement.

Le roman baroque, né au XVIIe siècle, prend la forme du roman plein d’aventures et de rebondissements, foisonnant, sentimental et au cadre merveilleux ou champêtre. Le goût antique de l’époque permet aussi des discours amples, des surprises et coups de théâtre merveilleux ou des passages purement ornementaux. On retrouve ces aspects dans le Télémaque, récit ample et foisonnant, qui semble porté par le thème de l’errance avant le retour final.

Cependant, d’autres aspects, et en particulier la dimension morale en font aussi une œuvre s’inscrivant dans le mouvement du classicisme. On retrouve, comme dans La Princesse de Clèves ou dans Phèdre, une condamnation très cinglante des passions incarnées par Calypso et ses nymphes. Mentor, masque de Minerve, déesse de la Sagesse, enseigne la moralité dans la fonction de roi. Nous sommes loin du pragmatisme d’un Machiavel. Ici tout est marqué par la Sagesse, l’Harmonie et la Paix. Il faut sans doute voir Minerve comme une représentation allégorique de la sagesse de Dieu.

Enfin, malgré la longueur du récit et son foisonnement un peu redondant, il faut reconnaître que le texte est d’une limpidité surprenante. Rien ne vient compliquer le récit ni le discours.

IV Une portée politique

Comme nous l’avons dit, l’objectif didactique de ce récit est de former un futur roi. Fénélon aborde donc de nombreuses questions politiques : l’économie, la régulation du commerce, les relations internationales, l’agriculture. Mais surtout il met en scène plusieurs comportements royaux qui servent d’exemples (le roi égyptien Sésostris) ou de contre-exemples (le phénicien Pygmalion). Le portrait le plus développé de roi est celui d’Idoménée. Soumis à de mauvais conseillers, Idoménée se laisse aller à ses défauts et à son orgueil. Sa mauvaise politique le conduit à plusieurs crimes ou malheurs successifs. Ce sont les sages conseils de Mentor qui le remettent sur le droit chemin. Mais il est l’illustration de la faiblesse humaine chez les rois et de la difficulté à régner sagement.

Fénélon passe aussi par le détour de l’utopie en Bétique pour faire réfléchir sur le bonheur et la vie heureuse. On pourrait même se dire que la formation du jeune Télémaque laisse présager qu’il fera d’Ithaque une utopie puisque Minerve elle-même a présidé à son enseignement.

Cependant les critiques de Mentor à l’encontre des politiques d’expansion, de la trop grande débauche de divertissements et de richesse dans le royaume d’Idomenée, mais surtout la présentation du roi comme une figure paternelle au service du bien commun, tout cela a été lu comme une critique de l’absolutisme de Louis XIV. La publication du roman entraîne la défaveur de Fénélon.

V La portée de l’œuvre

Malgré la disgrâce de Fénélon, l’œuvre connaît un immense succès et sert de modèle. Ce récit a profondément marqué le XVIIIe siècle. Marivaux en écrit une parodie avec son Télémaque travesti. Rousseau y fait référence dans l’Émile. On peut aussi se rappeler que Balzac mentionne ce récit dans Le Père Goriot. En effet, le papier peint de la pension Vauquer représente des scènes tirées de Télémaque (papier peint que l’on retrouve à Saché, il me semble). Enfin, Aragon écrit lui-même un court récit intitulé Les Aventures de Télémaque.

Mon avis

  • J’ai aimé la simplicité et l’efficacité de l’écriture.
  • J’ai aimé l’intertextualité et j’ai fait de nombreux liens avec les autres œuvres de l’époque.
  • J’ai été très intéressée par le rôle donné à la fiction pour la pédagogie princière.
  • J’ai été lassée par la redondance et par l’insistance didactique de la portée morale.
  • Un roman très masculin, évidemment mais pas exempt de sensibilité.

Fénélon, Les Aventures de Télémaque, 1699

2 réflexions sur “Les Aventures de Télémaque de Fénélon

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