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Mon problème avec la lecture…

Je voudrais aujourd’hui vous faire part d’un questionnement régulier chez moi: Que dois-je lire? Comment? Dans quel but?

Je vois bien que la plupart des lecteurs, qu’ils soient blogueurs, instagrameurs ou non, revendiquent avant tout le plaisir de lire. Ils se permettent donc de commencer une lecture parce que la couverture leur plaît, parce que le titre les attire, parce qu’on leur a recommandé ou parce qu’ils ont été influencés par les réseaux sociaux. Ils peuvent aussi abandonner une lecture qui ne les satisfait pas ou la laisser traîner pour lire autre chose. La liberté semble le maître mot et ils respectent – sans forcément le savoir – les dix droits du lecteurs édictés par Daniel Pennac.

droit du lecteur

Qu’en est-il pour moi? Mon rapport à la lecture est complexe. En effet, je pratique différents types de lecture:

  • la lecture plaisir: je choisis de me plonger dans un livre parce que j’en ai envie.
  • la lecture obligatoire: je dois lire un livre ou un ensemble de livres pour le travail.
  • la re-lecture: je dois re-lire un livre pour travailler dessus (parfois il s’agit d’une re-re-re-re-relecture).
  • la lecture « je comble mes lacunes »: je choisis un lire non pas par envie mais par une sorte d’obligation culturelle. Ce sont les livres qu’il me semble nécessaire d’avoir lu. Potentiellement, ils peuvent être utilisés pour le travail.
  • la lecture « je me tiens au courant »: certains titres entrent dans ma liste de livres à lire parce qu’ils font l’actualité. Il s’agit alors d’une sorte de veille culturelle et là encore, ils peuvent potentiellement servir de support pour le travail.
  • Je ne parle même pas de la lecture pour respecter un partenariat. Je suis soulagée de ne pas être une blogueuse influente contactée par les maisons d’édition. Je le vivrai sans doute comme une pression supplémentaire!

Dans toutes ces formes de lecture, celle qui passe en dernier est évidemment la lecture plaisir. Alors même que c’est celle que les lecteurs pratiquent le plus, je ne lui laisse qu’une place réduite. Cela ne signifie pas que je ne tire pas du plaisir de mes autres lectures mais elle ne sont pas suscitées par le désir ou la fantaisie d’un instant. Finalement, elles sont presque toujours motivées par des raisons professionnelles ou par une forme de culpabilité latente face à une incomplétude culturelle.

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Je ressens alors une sorte de concurrence. Chaque fois que quelqu’un évoque un livre que je n’ai pas lu, je ne peux m’empêcher de penser que c’est un manque chez moi. Évidemment, c’est ridicule et personne ne peut avoir tout lu. Mais je croise souvent ces gens qui considèrent implicitement que TOUT le monde a lu tel titre. Vous savez, ces gens qui ont ce petit air hautain quand ils comprennent que vous ne partagez pas leur culture sur ce point. A force, cela a attaqué ma confiance en moi. Et dans mon milieu professionnel, on vous laisse croire qu’il faut avoir tout lu. « Tout » signifie bien sûr ce qu’on considère avoir une valeur artistique. La dernière saga jeunesse ou fantasy est donc considérée comme un divertissement inutile.

La lecture est devenu une sorte de défi permanent où mes désirs sont sans cesse écartés au profit de l’utile. En écrivant cela, je sens bien à quel point je m’éloigne de ce que j’essaie de transmettre. Et pourtant, en posant les mots sur cette sensation d’étouffement, j’essaie d’y mettre un terme et de me permettre de ne plus rechercher la performance.

Je cherche à retrouver le plaisir intense de mon enfance, quand j’oubliais le temps et le monde en lisant Alice détective ou Les Trois Mousquetaires. Cependant, mon oeil exercé à repérer les techniques narratives ne me laisse plus avoir cette lecture naïve. Chaque fois, je suis retenue par la lectrice experte en moi. Elle me fait la leçon: « Tttt, mais enfin, les ficelles sont grossières là! Et, là, tu ne vois pas à quel point l’auteur utilise les poncifs du genre? » Alors, si vous connaissez un moyen de la faire taire, je suis à votre écoute!

Et vous? Avez-vous déjà ressenti ce genre de pression? Avez-vous des astuces pour que je m’en libère?

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On en discute?

Samedi dernier, le 18 novembre, j’ai assisté à une table ronde pour l’inauguration du centre Patrice Wolf, centre de ressources en Littérature pour la jeunesse à la Bibliothèque municipale de Tours. Cette table ronde s’intitulait « Médias et littérature jeunesse: quelles critiques pour quel public? » et trois journalistes spécialisées dans la littérature pour la jeunesse étaient présentes. Si j’ai été déçue que les médias représentés ne soient pas plus diversifiés, j’ai trouvé les profils des journalistes intéressants.

Je vais aller droit au but: la question des blogs est arrivée assez vite sur le tapis. Or, les blogueuses ont souvent été traitées avec condescendance. On leur reprochait leur manque de contenu critique, leur peu de légitimité à produire un avis de valeur et surtout leur naïveté et leur supposé manque de « déontologie » face aux partenariats. Le propos m’a semblé souvent caricatural. L’animatrice a cependant nuancé un peu le propos en interrogeant le créateur et rédacteur en chef du site « La Mare aux mots » présent dans le public.

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