Au bureau de Mme Between the Prof – mes outils lors de la continuité pédagogique

J’inaugure ici un nouveau type d’article et le contexte est un peu particulier. En tant qu’enseignant, nous avons été contraints, tous, à repenser notre enseignement pour l’adapter le plus possible à la distance. L’objectif était de préserver le lien avec les élèves et à poursuivre, si possible, l’enseignement. Nous l’avons fait chacun dans la mesure de nos moyens. Il faut garder à l’esprit que pour tous ces outils, je les ai découvert, pris en main et adapté à mes besoins sur le tas. Je n’ai reçu aucune formation pour leur emploi.

Je ne ferai pas là un article polémique sur la gestion de cette période et je ne souhaite pas faire part de mes émotions ou réflexions liées à la continuité pédagogique. Mon objectif est de faire le point sur les outils que j’ai employés, sur leurs avantages et leurs inconvénients. La question qui se pose actuellement pour moi est : que vais-je garder de tout cela?

Les outils institutionnels : Moodle et Pronote

Les premiers outils que j’ai utilisé car je les connaissais déjà ont évidemment été Moodle, la plateforme de cours en ligne et Pronote, le logiciel d’appel et de cahier de texte. Ils ont connu quelques difficultés les premières semaines et cela a parfois été un vrai calvaire. Dans l’ensemble, ce sont des outils efficaces mais dont je n’ai pas encore utilisé toutes les fonctionnalités.

Moodle: Depuis maintenant cinq ans, je dépose l’ensemble de mes documents sur la plateforme.

Les élèves s’en servent très peu à part quand ils savent qu’ils peuvent en tirer un bénéfice et souvent ils découvrent cette plateforme juste avant le bac de français. J’ai pour le moment pu tester la fonction Quiz. La prise en main n’est pas des plus ergonomique et est plutôt austère. Et comme je le disais, les élèves ne s’y rendent que sous contrainte. Je creuserai peut-être son usage dans le cadre d’une classe inversée et avec une formation solide et régulière des élèves à cette plateforme.

Pronote : logiciel payant mais en usage dans de nombreux établissement, je m’en sers principalement pour le cahier de texte et pour l’appel. Pendant la période de la continuité pédagogique, j’ai découvert de nouveaux outils. Si je n’ai pas pu mettre en pratique le quiz, j’ai pu découvrir l’outil pour rendre les devoirs. C’est assez pratique pour suivre les rendus de travaux et je pense utiliser cela plus souvent à l’avenir.

Le dépôt des documents est long et fastidieux. On doit les déposer un par un et cela ralentis considérablement la démarche.

Les outils d’évaluation : Kahoot et Quizinière

Kahoot est un outil plébiscité par les élèves car il est très ludique. Il rappelle les jeux télé et demande aux élèves de répondre au quiz avec leur smartphone. Le site internet est en anglais mais on comprend vite comment s’en servir. On peut même programmer une session et la limiter dans le temps. Le retour est immédiat puisque on voit les résultats des élèves qui participent.

Le format quiz reste limité en terme d’évaluation des compétences et des connaissances. Il peut être utile en évaluation diagnostique et formative ou encore pour vérifier que les élèves ont réalisé une activité ou pris connaissance d’un document. Cela peut aussi permettre de petit contrôle de vocabulaire. Pour l’avoir testé en classe, l’aspect ludique prend le dessus et rien ne peut empêcher la triche. Par contre, les élèves se défient.

Quizinière est un outil de quiz développé par Canopé, le réseau de création et d’accompagnement pédagogique. C’est une bonne surprise de cette continuité pédagogique. Assez bien pensé, il permet des évaluations sous plusieurs formes : QCM, réponse rédigée, réponse avec une image, etc… L’évaluation peut se faire automatiquement dans le cadre d’un QCM ou manuellement. L’enseignant peut attribuer un type de « smiley » pour la réponse et surtout il peut apporter un commentaire. Évidemment, cela ne peut servir d’évaluation sommative mais c’est un bon outil d’évaluation et de suivi des élèves.

Par respect du RGPD (protection des données), les élèves sont invités à ne pas indiquer leur nom. C’est un peu difficile de se retrouver avec des initiales. De même, les élèves sont invités à conserver le code de l’exercice et le code de la copie pour pouvoir accéder à la correction. Ils ne sont pas du tout habitués à cela et il faut alors redonner à chacun son code de copie… La prise en main n’est pas toujours très claire pour la diffusion des corrections. L’intitulé des boutons manque de précision.

Si vous voulez avoir une idée de l’outil, cliquez ici.

Les outils de présentation : Word, Canva et Genially

Durant la période, et en général, j’aime que mes documents soient clairs mais aussi beaux, dans la mesure du possible. J’ai donc exploité les possibilités de mises en page de Word, plus complètes que celles de Libroffice. Par contre, Libroffice est indispensable pour créer des Pdf modifiables. Il est certain que je conserverai cette habitude du Pdf modifiable qui permet aux élèves de remplir un document sans avoir à l’imprimer.

Je vous mets à disposition un exemple de Pdf modifiable.

Pour des mises en page plus originales, j’aime utiliser Canva dans sa version gratuite. Il s’agit d’un site qui vous permet de produire du contenu visuel de façon assez intuitive. Ce site propose aux enseignants d’avoir accès à l’ensemble de son contenu de façon gratuite s’ils fournissent la preuve qu’ils sont enseignants. Je n’ai pas encore osé faire cette démarche mais les créations de La légèreté des lettres sont très inspirantes.

Mon outil « coup de coeur », c’est Genially, un site qui permet de créer des outils de présentation assez poussés qui peuvent même être « gamifié » en Escape game. Là encore, je n’exploite que la version gratuite et c’est déjà suffisant. Il est hors de question que je finance personnellement un abonnement professionnel. Ce que j’aime avec les présentations genially c’est qu’elles sont interactives. On peut y intégrer facilement des vidéos, du son, des liens. On peut même permettre que les élèves entrent en activités sur certaines pages. Je suis encore loin de maîtriser toutes les fonctionnalités mais les possibilités sont bluffantes.

Je vous propose de tester mon escape game sur Chambord réalisé avec Genially.

La classe virtuelle

J’ai réalisé deux types de classes virtuelles: une officielle sur « Ma classe à la maison » et l’autre officieuse avec « Discord ». L’avantage de Discord c’est que la connexion est stable. « Ma classe à la maison » permet plus de possibilités puisqu’elle intègre un tableau virtuel sur lequel ont peut écrire, intégrer des documents, mais la connexion est très aléatoire pour les élèves. Des améliorations pourraient être apportées à cet outil qui me semblerait utile pour le suivi d’élèves malades, hospitalisés ou en phobie scolaire.

Les outils détournés: le formulaire Google

Sur une idée chipée sur le net, j’ai eu l’idée d’utiliser les formulaires Google pour proposer des activités à mes élèves. Je leur ai demandé de m’envoyer une carte postale numérique en répondant simplement au formulaire. L’avantage c’est que ce formulaire s’adapte à de nombreux types de questions et de réponse.

Si vous voulez voir en quoi cela consiste, jetez un coup d’oeil ici.

Et après? Qu’est-ce que je vais garder?

J’ai pu remarquer que j’avais beaucoup plus de retours des élèves sur les activités de type formulaire Google, Kahoot ou Quizinière que sur des activités plus traditionnelles comme les pdf modifiables ou les copies à rédiger. Je pense donc conserver ce type d’exercices dans le cadre de « classes inversées » que je vais tenter de mettre en place à la rentrée. J’envisage aussi de former clairement et concrètement mes futurs élèves à l’usage de leur boîte mail, de Moodle et du traitement de texte. On pense trop souvent que les jeunes générations qui baignent dans le numérique connaissent et maîtrisent ces outils. C’est faux. Un enseignement moins implicite de ces outils et qui leur en impose l’emploi régulier, évalué et codifié me semble utile pour les préparer à l’avenir.


Pour ceux qui seraient intéressés par plus de ressources pédagogiques, vous pouvez vous rendre sur la page dédiée sur le blog. J’y partage quelques documents de cours.

Porter sa voix de Stéphane de Freitas

Titre: Porter sa voix

Auteur: Stéphane de Freitas

Editions: Le Robert

Date de parution: Août 2018

J’ai découvert le projet Eloquentia, comme tout le monde, par le documentaire diffusé l’an dernier. J’avais été très marquée par la formation proposée et par les résultats obtenus. J’ai ensuite découvert que Stéphane de Freitas publiait un livre à ce sujet, il y a quelques semaines, lors de son passage dans l’émission « La Grande Librairie ». Il y abordait le thème important de la congruence entre l’orateur et son discours. L’éloquence ne se réduit donc pas à une technique. Il y a un véritable projet éthique et citoyen derrière la démarche du fondateur d’Eloquentia.

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Paris au XXe siècle de Jules Verne

paris au XXe siècle verne

Titre: Paris au XXe siècle

Auteur: Jules Verne

Éditions: Hachette

Date de parution: 1994

Je cherchais un texte du XIXe siècle qui mettait en scène un homme augmenté et je pensais trouver mon bonheur chez Jules Verne. Échec. J’ai peut-être mal cherché. En tout cas, cela m’a permis de découvrir un roman peu connu, et pour cause: ce roman avait été refusé par son éditeur qui ne le jugeait pas assez intéressant. Il n’a été publié que bien plus tard en 1994.

Michel, jeune lauréat d’un prix de poésie latine vit à Paris dans les années 1960. Or à cette époque où la science domine dans tous les milieux, la littérature, la musique et la peinture sont méprisés. Michel lutte donc pour trouver une place dans cette société où son talent n’est pas reconnu. Follement amoureux de la jolie Lucie, Michel tente un temps d’obéir aux injonctions de la société pour offrir un avenir à sa bien-aimée.

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Mes lectures du bac 2018

livres bac 2018

Ça y est, le bac est terminé pour tout le monde, candidat comme examinateur. On ne le sait pas forcément mais la période du bac est aussi intense du côté des enseignants. Chaque année, je découvre les livres lus et étudiés par les élèves dont je serai l’examinatrice. Bien évidemment, comme je n’ai pas lu tous les livres de l’univers, j’ai donc un mois de juin intense en lecture pour pouvoir mener les entretiens en tout professionnalisme. Mais je ne m’en plains pas!

Au programme de cette année: L’Adversaire d’Emmanuel Carrère, L’Amant de la Chine du Nord de Marguerite Duras, L’Origine de la violence de Fabrice Humbert et Les Justes d’Albert Camus.

 

 

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Pot-Bouille de Zola

Pot-bouille

Titre: Pot-Bouille

Auteur: Émile Zola

Éditions: Folio

Date de parution: 1882

Il y a parfois du bon à se forcer à lire un auteur. Les romans de Zola sont ma hantise mais pour le boulot, je me devais d’affronter cette peur. Et je crois que je commence à bien m’en tirer car Pot-Bouille m’a vraiment séduite.

Octave Mouret, un jeune homme, arrive de la province pour faire sa place à Paris. Il s’installe dans un immeuble rue de Choiseul. Le lecteur entre alors dans la vie de cet immeuble. Il entre dans chaque appartement et découvre les petits secrets et les grandes mesquineries de la bourgeoisie parisienne.

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La Curée d’Émile Zola

la curéeTitre: La Curée

Auteur: Émile Zola

Éditions: Folio

Date de parution: 1871

Je découvre progressivement Zola. Tout comme Balzac, cet auteur classique m’avait échaudée lorsque j’étais adolescente et que j’avais entrepris de lire seule L’Assommoir. Professionnellement, j’ai bien dû m’y remettre et finalement, ce deuxième rendez-vous avec le naturalisme est plutôt réussi.

La Curée est le deuxième tome de la série des Rougon-Macquart. Aristide Rougon s’installe à Paris avec son épouse Angèle. Il cherche à s’enrichir et pour cela il compte sur son frère Eugène Rougon, qui est ministre. Il fait sa place comme fonctionnaire et bientôt grâce à une deuxième mariage opportun et à coup de spéculation immobilière, il atteint son but. Sa deuxième épouse Renée vit de frivolités et de mondanités. Elle se lie à son beau-fils Maxime, fils du premier mariage d’Aristide.

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Le Silence de la mer de Vercors

Le-silence-de-la-merTitre: Le Silence de la mer

Auteur: Vercors (Jean Bruller)

Redditions: Livre de poche/ Les éditions de Minuit

Date de parution: 1942 (publication clandestine)

J’ai toujours entendu que Vercors était l’homme d’une seule oeuvre: Le Silence de la mer. Or, j’ai découvert cet auteur par la pièce Zoo ou l’assassin philanthrope, une texte que j’ai trouvé véritablement percutant. Et puis Vercors, c’est le fondateur des éditions de Minuit, maison d’édition clandestine pendant la deuxième guerre mondiale. Il publiait les textes des opposants à l’Occupation et permettait aux écrivains de faire entendre leur voix. Le Silence de la mer, le premier titre à y être publié, est donc un recueil de nouvelles d’importance que je me devais de lire.

La nouvelle Le Silence de la mer ouvre le recueil à qui il a donné son nom. Au début de l’Occupation, l’officier allemand Werner von Ebrennac s’installe dans une famille française. Le propriétaire de la maison et sa nièce lui oppose un mutisme profond malgré ses efforts pour tisser un lien.

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{Notes de lecture} La littérature de jeunesse de Nathalie Prince

51puOH8FuuL._SX332_BO1,204,203,200_Titre: La littérature de jeunesse

Auteur: Nathalie Prince

Édition: Armand Colin

Collection: U, Lettres

L’auteur cherche à définir dans un premier temps le terme de « littérature de jeunesse » ce qui soulève déjà de nombreux paradoxes:

les destinataires désignés par le terme de « littérature de jeunesse » constituent à priori un public vaste et de hétérogène qui peut aller du non-lecteur (voire du non-locuteur, l’infans, celui qui ne parle pas) au lecteur plus aguerri mais encore immature.

– les textes sont écrits par des adultes qui par conséquent ne sont pas sur un pied d’égalité avec leurs lecteurs.

– les textes sont souvent choisis, prescrits, validés voire lus à voix haute par les adultes qui donnent au texte une forme de caution.

– le public « jeunesse », de lui-même, ne choisit pas forcément les textes prescrits.

Le premier point étudié est celui de la dimension historique de la littérature de jeunesse. Nathalie Prince met en valeur le lien entre apparition du « sentiment de l’enfance », c’est-à-dire le fait que l’on considère l’enfant dans ses spécificités propres et apparition de récits destinés aux enfants. L’objectif donné à ses récits diffèrent donc de la conception du « sentiment de l’enfance »: soit l’enfant est considéré comme un adulte en devenir, incomplet qu’il s’agit de former, soit l’enfant est un être primaire qu’il faut éduquer, rendre moins sauvage. Le récit jeunesse peut donc se faire moralisateur, vulgarisateur ou cherche à recréer l’univers de l’enfance (selon le souvenir ou le point de vue de l’adulte).

Le deuxième point abordé est celui de l’ambiguïté du personnage de littérature de jeunesse: souvent stéréotypé, il a la particularité d’être peu développé et peu caractérisé et de pourtant réussir à susciter l’identification. Il peut soit incarner un modèle soit un contre-modèle. Les personnages les plus communs restent les animaux et les enfants.

Enfin, le point le plus essentiel à mon avis est l’étude de la poétique propre à la littérature de jeunesse. Loin de se satisfaire de l’image de texte simplifié, Nathalie Prince en montre la complexité et la richesse, en particulier de la situation de lecture à voix haute de l’adulte à l’enfant à partir des albums. Elle aborde des points très intéressants: le rapport entre le texte et l’image ainsi que les rapports entre le lecteur adulte et le spectateur enfant, les différents niveaux de lecture mis en jeu par la double-lecture (enfant/adulte), l’oralité.

L’essai s’achève sur un corpus de textes sources et supports de la réflexion.

Une lecture vraiment stimulante et riche. Cela concerne surtout la littérature destinée aux enfants et l’étude des albums est très fine. Je n’ai cependant pas trouvé de réponses sur la littérature jeunesse/ado.

 

14 de Jean Echenoz

14Titre: 14

Auteur: Jean Echenoz

Éditions: Hachette (mais paru à l’origine aux éditions de Minuit)

Date de parution: 2012

Je n’avais jamais lu Jean Echenoz, pourtant récompensé par de nombreux prix, notamment le Goncourt en 1999 pour Je m’en vais, jusqu’à ce que je découvre ce petit roman en spécimen dans mon casier au travail.

Anthime, Charles, Padioleau, Bossis et Ancenel partent à la guerre en 1914. Peu en reviendront. Pendant ce temps, à l’arrière, Blanche mène sa vie.

14 c’est le récit de la guerre de 1914 mais sans réécrire ce l’a déjà été mille fois. Echenoz, avec son style sobre et distancié, décrit des faits sans tomber dans le pathétique. Ile ne raconte d’ailleurs pas vraiment la guerre mais de petites scènes lors de cette guerre. Il alterne aussi chapitres au front et chapitres à l’arrière. Et ainsi il dit l’essentiel.

Le ton de froide distance choisi procure au texte un effet de décalage inattendu qui n’est pas sans ironie. D’ailleurs certains passages sont des hommages à des morceaux d’anthologie de la littérature française. Echenoz arrive à surprendre et intriguer le lecteur en révélant certaines informations importantes pour les habitudes de lecteur de façon impromptue et incongrue, comme si le personnage n’avait besoin ni de psychologie ni d’identité claire. Il est ainsi réduit à sa plus pure expression: un regard sur le monde.

J’ai beaucoup aimé la netteté, la sobriété et donc l’efficacité de ce très court roman de 80 pages. Il m’a cependant manqué un je-ne-sais-quoi qui m’a laissé un goût d’inachevé, comme si, étrangement, je ne pouvais me satisfaire de cela.

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La Vie devant soi de Romain Gary

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« Mais je tiens pas tellement à être heureux, je préfère encore la vie. Le bonheur, c’est une belle ordure et une peau de vache et il faudrait lui apprendre à vivre. »

Titre: La vie devant soi

Auteur: Romain Gary (Émile Ajar)

Date de parution: 1975

Il paraît que ce livre est un véritable best-seller auprès des élèves, même les plus récalcitrants. Je me suis alors demandé quelle était cette perle. Trouvé d’occasion dans ma petite librairie associative, je l’ai dévoré aussitôt.

Momo a dix ans, ou à peu près. Il vit chez madame Rosa, qui recueille les enfants des femmes qui se défendent avec leur cul. Madame Rosa est vieille, grosse et moche mais Momo l’aime quand même. Et puis il y a les six étages qui tuent madame Rosa et ses crises d’habitude aussi. Elle a survécu à Auschwitz mais elle ne veut pas finir comme un légume à l’hôpital. Momo préfèrerait l’avorter par respect pour le droit sacré des peuples.

Je dois bien avouer avoir été complètement déboussolée par le style. En effet, le narrateur est le jeune Momo, âgé d’une dizaine d’années et il raconte son univers avec ses propres mots. Il faut donc identifier ce qui se cache derrière les expressions fantaisistes voire fautives du jeune enfant qui n’a pas été longtemps à l’école. Une fois passée cette barrière, un monde narratif riche et surprenant s’ouvre devant nous. En fait, lire ce livre, ça se mérite!

Nous avons affaire à une galerie de personnages forts, drôles et bouleversants, tous plus fous et colorés les uns que les autres: Madame Rosa, Momo, Moïse et Banania, madame Lola, la travestie, monsieur Hamil… Ils habitent Belleville et en font une cité cosmopolite peuplée de Juifs, d’Arabes et de Noirs.

Dans la vie du jeune Momo, Victor Hugo et Les Misérables apparaissent comme un gimmick, aussi sacré que le Coran. Pourtant, c’est bien sa version des Misérables qu’il nous donne avec sa langue populaire et ses personnages issus de la misère parisienne.

Le roman aborde deux thèmes très importants: la fin de vie et la tolérance. Et le choix d’un narrateur enfant rend les choses encore plus essentielles. Il va droit au but et voit les choses comme elles sont, dans leur brutalité, sans le vernis policé des adultes. Le roman est donc d’une humanité exceptionnelle. Il n’y a aucune comparaison possible avec ce que j’ai pu lire jusqu’à aujourd’hui sur ce sujet.

Pour la petite anecdote, le roman a reçu le prix Goncourt en 1975 sous le pseudonyme Émile Ajar. La vérité ne fut révélé qu’à sa mort.

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