Du domaine des Murmures de Carole Martinez

du domaine des murmuresTitre: Du domaine des Murmures

Auteur: Carole Martinez

Edition: Folio

Date de parution: 2011

Prix Goncourt des lycéens 2011

Il y a des romans qui s’offrent à vous presque par hasard au coin d’un rayon chez le bouquiniste. Vous repartez avec vaguement intrigué par le commentaire élogieux de celui qui vous l’a vendu et puis vous l’oubliez dans l’immense pile de livres à lire. Et puis, un jour, sans savoir réellement pourquoi, c’est celui-ci que vous saisissez et que vous ouvrez. Et là, patatras, vous tombez de votre fauteuil, frappé par une plume.

Le jour de son mariage, la belle Esclarmonde, fille du seigneur du domaine des Murmures, refuse de prendre pour époux celui qui lui a été promis par son père. Elle décide de s’offrir à Dieu et de s’emmurer vivante dans un réclusoir. Elle ne se doute pas que commence pour elle un vie bien peu solitaire et retirée.

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Thérèse Desqueyroux de François Mauriac

thérèse desqueyrouxTitre: Thérèse Desqueyroux

Auteur: François Mauriac

Editions: Le livre de poche

Date de parution: 1927

Il est des romans sur lesquels il est difficile de s’exprimer naturellement, avec fluidité. Ils vous échappent, renâclent et vous laissent perplexe. Des livres  où il est nécessaire de prendre du recul, de lire des critiques, des documents complémentaires, brefs sur lesquels il faut réfléchir posément.

Le roman met en scène Thérèse Desqueyroux à la sortie de son procès pour tentative d’empoisonnement sur la personne de son mari. Elle est acquittée. Lors du trajet qui la ramène chez elle, elle prépare le discours qu’elle tiendra à Bernard, son époux. Pour cela, elle remonte le temps pour trouver l’origine de son acte. Elle n’a cependant pas le temps de s’expliquer. Bernard, porte-parole de la famille Desqueyroux la condamne à l’exclusion et à l’enfermement dans la solitude.

Dans les premiers instants de la lecture, j’ai rejeté le personnage de Thérèse parce que je ne la comprenais pas. Voilà une femme qui n’est occupée que d’elle. Sombre, égoïste, aux désirs contradictoires, violente et arrogante. Son désir de liberté s’exerce aux dépends des autres qu’elle ne cherche jamais à comprendre. Thérèse a voulu tuer son mari, sans raison consciente. Elle le déteste viscéralement. Et cette répugnance ne s’explique pas, pas clairement du moins. Pourtant tout conspire contre ce mariage.

Et puis progressivement, me détachant de cette lecture un peu bovarienne, je me suis laissée emporter par le style. Il y a cette alternance entre les espaces extérieurs infinis et la claustration de Thérèse. Il y a le silence d’Argelouse et la fumée des cigarettes de Thérèse. Les barreaux sont partout: dans les forêts de pins, dans les membres rigides de la famille Desqueyroux, dans les conventions, dans les regards.

Dans le dossier à la fin du livre, certaines remarques de Mauriac lui-même m’ont particulièrement intéressées, en particulier une qui suggère que Thérèse serait peut-être lesbienne et que ce mariage était donc voué à l’échec et que les désirs de Thérèse ne pouvaient trouver leur assouvissement.

La fin aussi m’a laissée perplexe, comme si ce qu’elle disait devait être lu autrement. Chaque page, chaque ligne est un champ d’interprétation…

Il est difficile de noter une telle œuvre qui échappe à la note de plaisir de lecture. J’y renonce donc et vous laisse vous faire votre propre avis.